Départ des Marquises pour les Tuamotu

Iaorana

(bonjour en polynésien ;-))

Enfin un peu de wifi pour vous kidnapper sur le bateau quelques  instants…

Installer vous convenablement…Inutile d’attacher votre ceinture car  ici, le monde tourne au ralenti…

 5 Juin 2020. Il nous reste 3 iles des Marquises à explorer avant de mettre les voiles sur les Tuamotu.

Sur le chemin, nous passons à côté de l’île aux oiseaux (motu Teuaua). Imaginer des milliers de sternes sur un ilot plat inhabité dans une assourdissante cacophonie avec une odeur nauséabonde due à tous ces volatiles qui couvent à même le sol. Les habitants de l’ile voisine viennent régulièrement y prélever des œufs mais c’est toute une expédition. Il parait qu’ils sont très bons en omelette mais le capitaine n’a pas voulu s’arrêter !

Ua Huka

Nous voilà à Ua Huka, l’île la moins arrosée de l’archipel, avec de vastes étendues presque désertiques. Nous sommes seul dans la baie. Nous décidons d’accoster en kayak car il n’y a pas de ponton pour y accrocher notre annexe. Sofiène et Naèl se mettent à la tâche. Il faut les gonfler et les dégonfler entre chaque navigation. Ça prend un certain temps, même avec une pompe électrique. Une fois à l’eau, Sofiène, Lynn et Ilian embraquent à bord du premier et Naèl et moi, dans le second. Nous ramons pour atteindre la plage, avec nos sacs étanches solidement arrimés.  Les vagues sont dodues, c’est plus sportif que la descente de la Lesse en Belgique ! Naèl et moi prenons de l’avance fièrement. Notre victoire n’est plus qu’à une vingtaine de mètres quand soudain, une vague nous soulève, nous surfons quelques secondes avant de nous retrouver la tête sous l’eau, le kayak à l’envers sur le sable noir. L’autre équipe, quant à elle accoste en douceur et nous rejoins en pouffant de rire. Heureusement que mon appareil photos étaient bien enveloppé. Les vêtements ne restent jamais longtemps mouillés en Polynésie. Il est même très courant de voir les habitants se baigner tout habillés.

La vie semble s’être arrêtée dans cette petite bourgade qui porte le nom de Hane, nous avançons, croisons un groupe de jeunes avec un gros transistor. C’est un peu la mode dans les îles. Ils ne font pas attention à nous. Nous leur demandons notre chemin. Ils comprennent à peine le français… Ils se regardent l’un l’autre avant de tenter une brève réponse pas très claire. Je consulte l’application “Map.Me” sur mon téléphone.  Cette application est géniale. Elle s’utilise hors ligne après avoir téléchargé les cartes du pays visité. Elle nous géolocalise, nous indique les rues principales, les restaurants, les sites touristiques intéressants, … C’est top pour moi qui n’ai pas le sens de l’orientation. Le Capitaine, lui, n’en a pas besoin, il trouve toujours son chemin!

Le guide numérique que j’avais téléchargé sur la Polynésie renseignait un musée de la mer. Il est fermé, toujours à cause du Corona virus. La vie n’a pas encore repris son cours normal…

J’ai pris une photo par la fenêtre. Il est tout petit ; il ressemble à ceci:

Ça doit être l’heure de la sieste, il n’y a pas un chat dans les rues, enfin, dans LA rue !  Enfin, si il y en a un.

Nous avançons vers le seul restaurant de l’ile mais il est, lui aussi, fermé pour cause de Covid.

Une dame passe avec son Pick up. Sofiène l’arrête pour la questionner sur l’existence d’une éventuelle supérette. Miracle, il y en a une ! Nous commençons à avoir un petit creux.  Elle nous embarque et nous dépose juste devant l’entrée.

Enfin, un peu d’animation, une personne fait ses emplettes, discute avec la caissière et ressort…  Pendant ce temps, nous n’arrivons pas à nous décider sur notre repas de midi… Il n’y a pas de pains, juste des biscottes et des biscuits salés. Et bien sûr, pas de légumes … Pour en voir la couleur, il faut dévaliser les rayons des boutiques après le passage de l’ARANUI ou du Taporo, les bateaux qui ravitaillent les Marquises. Nous nous rabattons sur des Kiris et de la mousse de poissons en boîte. Nous partageons notre festin sur un banc, avec une bouteille d’eau. Le plaisir des choses simples

La gérante de la superette nous propose de nous emmener dans le village à côté, dans une autre superette un peu plus grande, qu’elle tient également avec son mari. Ils sont comme ça les habitants ici, toujours prêts à rendre service. Après la fermeture de sa boutique à 14h, nous l’attendons en moment puis nous prenons la route à pied. Sur la fin du trajet, elle nous récupère, nous sautons dans son Pick up. Après un bref petit tour dans la supérette tenue par son mari asiatique, elle nous emmène au paradis… dans son verger ! Tous les arbres semblent avoir les bras chargés de cadeaux ! Nous les délestons de quelques pamplemousses, de caracoles, de kum quat, de fruits de l’arbres à pain, de citrons, de mangues, … Nous cueillons, dégustons, remercions et repartons avec quelques kilos en plus. Dans les Marquises, c’est en sympathisant avec les habitants que nous pouvons faire le plein de fruits.  En général, les magasins en sont dépourvus.

Suzanne nous propose de nous raccompagner jusqu’à nos kayaks.  Elle est formidable. Qu’il est émouvant de rencontrer des gens qui donnent sans rien attendre en retour…Nous ramenons notre précieux butin sur SeaCroods.

Nuku Hiva

7 juin 2020. Quelques jours dans la baie de Hooumi, seuls au monde. En général, quand nous sommes au milieu de nulle part, notre programme se résume aux cours le matin pendant 2 heures plus ou moins. En parallèle, nous essayons de cuisiner, réparer, nettoyer, écrire, ranger … Mais il faut avouer qu’une fois qu’on tourne le dos, les souris dansent !

Après le repas, une pause s’impose. Les enfants ont le droit de jouer une heure sur la tablette et nous, nous profitons d’une heure de repos ! Nous lisons, écrivons, bricolons. Internet a quitté le navire. Nous vivons davantage le moment présent.

Ensuite, une petite baignade ou une descente à terre est organisée. Nous nous imprégnons des lieux, de l’ambiance, des paysages. Nous repérons les commerces quand il y en a… Nous repartons toujours avec un tableau mental des lieux, peint au fur et à mesure de nos rencontres et découvertes. Les enfants parlent sans arrêt, sont curieux, posent des questions. Parfois, il faut les arrêter car c’est infernal !!!!!

Le soir, nous préparons le repas pendant que les enfants regardent un « Ce n’est pas sorcier » suivi d’un dessin animé. C’est un moment sacré pour eux ! Quand nous sympathisons avec des voiliers « équipés » d’enfants, il y a toujours un échange de dessins animés !

La nuit tombe vers 18h.  Nous mangeons vers 18h30. Les enfants essuient la vaisselle, mettent leur pyjama, se brossent les dents, comme tous les enfants du monde… Quoi, les votre ne font pas la vaisselle ???? 

A 20 h, c’est l’extinction des feux, nos petiots rejoignent leur cabine respective et nous, nous lisons ou regardons un film.  Naèl lit. Il a commencé une série de 12 livres : « les chevaliers d’Emeraudes » Il est accroc. Lynn et Ilian jouent en attendant le sommeil. Ils ont chacun des petites lampes sur piles pour économiser l’électricité.

C’est notre petite routine à nous. Hormis pendant la navigation de nuit, il n’y a plus de réveil traumatisant et ça fait du bien ! Envolées les douleurs aux genoux, cou, dos, … Ainsi que rhume, angine, gastro, … Notre pharmacie de bord est à l’abandon au fond de la cabine de douche condamnée en débarras. Je vous entends penser : la cabine de douche condamnée ? Ils ne prennent plus de douches les sauvages ! Mais non, … Nous avons 4 salles de bains et nous en utilisons 2 comme espace de rangement. Au départ, le bateau est prévu pour faire du charter.

Et puis, quand le capitaine, qui a étudié la météo attentivement, dit que c’est le moment de bouger, on met les voiles vers d’autres horizons. Le tableau s’efface lentement et un autre se met en place, blanc, prêt à recevoir les premiers coups de crayons.

Nous levons l’ancre pour une baie plus animée au Sud, à Taioahae. Nous ancrons à côté de nos amis Isabelle et Luc. C’est toujours un moment de plaisir de se retrouver, de partager nos aventures et nos beaux tuyaux.

Et autour d’un plat local, c’est encore mieux !

Si vous allez un jour en Polynésie, vous rencontrez certainement des Mahu. Il s’agit d’hommes travestis, vivant à la manière des femmes, s’occupant des enfants et des tâches ménagères, mais pas obligatoirement homosexuels. Dans la société ancienne, les Mahu étaient très valorisés. Le terme Rae Rae quant à lui désigne des jeunes travestis urbains ayant parfois subi des interventions chirurgicales. C’est toujours surprenant de les croiser dans les îles. On dirait presque un genre à part et cela peut créer des situations embarrassantes :

Le serveur, qui se prénomme Jean-Luc, un Mahu ou un Rae Rae, arrive et dépose une belle langoustine en face de moi.

  • Merci monsieur ! dis-je spontanément…
  • Mais, maman, ce n’est pas un monsieur, c’est une madame !!!, crie Lynn, bien fort !

Oups…. Je regarde Lynn avec de grands yeux.

  • Elle a raison, répond le serveur !
  • Désolée ! dis-je en rougissant
  • Ce n’est pas grave, continue Jean-Luc avec un grand sourire.

A Nuku Hiva, les plus hautes sculptures contemporaines du Pacifique

 

 

Les pêcheurs , rejettent les déchets de poissons à la mer, juste devant le quai. Et j’en connais qui se régalent !

Visite de Nuku Hiva en 4X4

avec notre excellent guide Mate.

Un site archéologique reconstitué pour les festivals

Une nature époustouflante…

Des cascades et des magnifiques points de vue…

La petite dernière île

“Ua Pou”

avant de mettre les voiles

vers un autre achipel…

Au fin fond de la forêt, réside un chocolatier, « Manfred ». Il est marié à une polynésienne. Aucun de nos livres n’en parle mais tout le monde le connait. C’est un personnage au parcours atypique, tantôt masseur, tantôt, pilote d’hélicoptère. Et maintenant chocolatier. Ses blagues grivoises et ses manières très familières choquent où amusent mais ne laissent pas indifférentes ! Pour la première fois, je vois de près des caféiers, des cacaotiers, des poivriers. L’atelier, rempli de secrets, est fermé aux visiteurs. Il parait que même sa femme ne peut y mettre les pieds ! Son chocolat est divin, fond dans la bouche, enivre nos papilles… Aux amandes, noix de macadamia, noix de pécan, poivre, orange, … Un délice ! Nous mettons du temps à nous décider, histoire de gouter et de regouter encore!

Pour la fête des pères, un habitant « Atai », nous invite chez lui. D’habitude, il fait payer le repas aux voyageurs, mais là, il souhaite juste célébrer la fête des pères avec un autre papa. Nous apportons le dessert et passons un bel après-midi en compagnie de sa maman Yvonne, de sa femme Nadia, de sa grande fille Rosana et son fils de 5 ans, Brandon. Nous nous régalons du fruit de l’arbre à pain, le uru, braisé dans un four traditionnel, de poisson cru à la noix de coco, de chèvre à la noix de coco et de riz. Nous découvrons des gens insouciants, loin de nos préoccupations occidentales. Ils vivent le moment présent. Ils travaillent quand ils en ont besoin. Ici, les fruits tombent des arbres et les poissons fourmillent dans l’Océan. Les plus motivés ont un petit potager personnel. Ils n’ont pas d’horaire, passent du temps entre eux, se rendent des services en fonctions de leurs compétences.  Il y a des écoles primaires mais souvent pas de secondaire, de ce fait après 12 ans, les enfants vont souvent en pension sur d’autres îles, dans la famille ou en internat. Au bout du compte, les familles sont éparpillées au travers de l’archipel. Les jeunes des différentes îles se rencontrent et se marient. Chaque parcelle de terre appartient à une famille et, lors d’un décès, elle est redistribuée aux enfants. Ce qui créent parfois des tensions ! De ce fait, il n’y a pas de terrain à vendre aux étrangers car chaque héritier doit donner son aval, ce qui arrive rarement.

Le 27 juin 2016, dans la chambre de notre ancienne maison à Zemst, dans le Brabant flamand en Belgique, Sofiène réceptionnait le colis ! Et ce colis, nous l’avons prénommé Lynn.  Sans attendre, elle se fit remarquer en convoquant ambulance, pompiers et policiers devant la maison. Mais ça, c’est une autre histoire ! L’équipage au grand complet, SeaCroods se profilait au loin…  Mais il n’était alors qu’un doux rêve flou, à l’horizon…

Lynn,  notre princesse des mers, déballe ses cadeaux, faits de nos mains.

Lors de notre sortie du lagon de Fakarava, la mer était d’huile et se fondait avec le ciel.

Cap vers les Tuamotu!!!!

Makemo

Fakarava

Toau

Ahe

Rangiroa

Tikehau

Makatea

Nous sommes sur le chemin des Tuamotu. Il est 1h30 du matin, mon quart va bientôt prendre fin. Ensuite, j’aurai 2 heures de sommeil que j’espère profond. Je lis quelques pages de mon livre du moment : « Robinson des mers du Sud » C’est l’histoire d’un bourlingueur d’une cinquantaine d’années qui, dans les années 50, part en solitaire pour vivre son rêve sur un îlot de 800 mètres de long sur 300 m de large, Souvarof, dans le Pacifique sud, à l’abri de toute civilisation. Il y construit un petit paradis sur terre. C’est passionnant.

Tout d’un coup, un vent violent s’engouffre dans les voiles et me fait revenir à la réalité.  Sofiène m’a dit avant d’aller se coucher : « cap 193. Si le vent dépasse les 17 nœuds, tu me réveilles, il faudra affaler le spi »

Le vent n’était pas violent, 10 nœuds tout au plus depuis ma relève. Mais là, il commence à forcir. Des rafales commencent à m’inquiéter. 13, 15, 16 nœuds… En quelques minutes, ma sérénité s’est envolée. J’ai les yeux rivés sur l’anémomètre.  17 nœuds…Oufti ! comme on dit à Liège…

  • Mon amour ?
  • Oui, quoi ? Qu’est-ce qui se passe ???? , dit il en sursautant!
  • Le vent est à 17 nœuds
  • Ok, j’arrive!!!

Le capitaine se lève d’un bon, et se met face à la barre pour analyser la situation. Le spi est gonflé, tendu. Quelques secondes plus tard, un bruit retentit, suivi d’un autre qui semble déchiré la nuit. La voile explosée danse à présent dans le ciel étoilé. Elle s’agite dans tous les sens. Il faut la redescendre. Sofiène va à l’avant. Je libère l’écoute, la drisse (c-a-d les cordes!) Sofiène réceptionne la voile qui semble l’engloutir. Il essaie de la ramener à bord mais l’écoute est restée coincée en dessous du bateau. Certainement, au niveau de l’hélice. Impossible de la décoincer !

– « Maman, vous m’avez réveillée avec tout ce bruit ! », se plaint Lynn tout ensommeillée.

– « Va te recoucher ma puce », tout va bien.

Elle se recouche sur le pont et continue sa nuit.

Mais le capitaine n’a pas dit son dernier mot :

  • « Je vais plonger pour la décoincer ou du moins, voire où ça bloque »
  • « En pleine nuit ???, ça va pas la tête !

Il ouvre les filaires à l’arrière, prépare son masque, me tend la grosse lampe Led. Quand il est prêt, il met un pied à l’eau et là, j’entends :

– « Aille ! je viens de me faire piquer par une belle méduse ! Apporte-moi de la mousse à raser et une carte de téléphone ou de banque ».

Quelques heures plus tôt, nous avions regardé un « C’est pas sorcier » avec les enfants sur le thème des méduses et un expert avait expliqué qu’il fallait appliquer immédiatement de la mousse à raser (après avoir rincé la brulure à l’eau de mer ou du sable) et ensuite racler les particules urticantes.

Un peu « refroidi » par la méduse, il attendra le lever du jour pour récupérer le bout enlacé autour de l’hélice !

Nous ferons réparons notre voile favorite à Fakarava, afin qu’elle puisse reprendre du service en vent arrière.

Les Tuamotu, ce sont 78 atolls. Cet archipel est tristement connu car il a été un lieu d’expérimentation pour des essais nucléaires. C’est à Mururoa et à Fangataufa qu’ils ont eu lieu. 232 en tout, entre 1966 et 1996!

Pour les navigateurs, cet archipel est réputé comme étant dangereux en raison du peu de visibilité qu’offrent de ses iles à peine immergées de l’océan.  Plusieurs bateaux s’y échouent chaque année. De plus, l’absence de relief donne un plein pouvoir aux cyclones.

Makemo

Les Tuamotu constituent le plus grand groupe coralien du monde

Et nous sommes sur l’atoll de Makemo.

Vous savez ce que c’est un atoll ??? C’est une bande de sable discontinue qui enserre un lagon et entourée d’une barrière récifale.  Certains atolls n’ont aucune passe qui permette d’y entrer, en tout cas, en voilier. D’où l’importance de bien planifier sa route pour d’identifier les passes praticables. Celles-ci développent parfois courant fort qui empêchent les bateaux d’y entrer, même au moteur. L’idéal est d’y pénétrer à l’étale de marée haute ou de marée basse, au moment où la marée s’inverse, au moment de la stabilisation des courant entrant et sortant.

C’est dans les passes que se concentrent la faune faisant la joie des plongeurs du monde entier. Requins, napoléons, carangues, murènes, tortues, raie Manta, dauphins, voir baleine s’y pavanent en toute quiétude.

L’intérieur du lagon est parsemé de “patates” de corail, à éviter à tout prix ! L’ancre ne doit surtout pas s’y enrouler, ni le bateau s’y fracasser !

Il nous éblouit de sa palette de turquoise, vert menthe, bleu marine, impossible à faire rentrer dans notre appareil photo !

Les Paumotus, natifs de ces îles, ont une vie tranquille et bienheureuse, tournée vers la pêche, la coprah culture et la perle noire, joyau des Tuamotus, malheureusement en déclin.

Une Passe

C’est chaud patate!!!!

1 an sur l’eau!

Comme une plume poussée par le vent, détachée de l‘oiseau qui la retenait, nous nous sommes échappés du tourbillon de la vie. Metro-boulot-dodo.

Nous avons attendu près de 10 ans la bonne fenêtre météo pour prendre notre envol et amerrir sur SeaCroods.

Le 30 juin 2019, notre odyssée débutait, nous sautions dans le vide, main dans la main, le cœur rempli d’espoir d’une vie encore plus belle ! Ou tout simplement différente

« Voyager, c’est mourir et renaître à chaque instant »

Victor Hugo

Audace où inconscience ? En tout cas, nous y sommes, fiers d’avoir osé écouter notre petite voix intérieure, d’être en accord avec nos rêves et de continuer notre chemin sans regret à étouffer pour le restant de nos jours.

Et les enfants dans tout cela ?  C’est vrai qu’ils n’ont pas choisis de vivre une vie nomade. Comme tous les enfants du monde, ils ont fait confiance à leurs parents. Nous avons appris à vivre ensemble 24h/24 et ça n’a pas été facile ! Vous comprenez sûrement après avoir vécu un confinement! Il a fallu instaurer des moments de calme où chaque membre de l’équipage se retire seul dans un coin de SeaCroods.

Lynn : ” maman, tu veux être cranquille?” “Ok… Je te laisse……………………..”

Nous sommes fiers de voir que nos petits mouss s’adaptent à toutes les situations, ils sont heureux, en pleine forme, curieux et se font très rapidement de nouveaux copains partout où nous allons. Nous leur enseignons ce qui nous semble être utile en faisant des liens avec notre expérience quotidienne.

La famille et les amis leur manque, comme à nous tous …  Nous vivons avec ce sentiment de manque en permanence mais nous savons aussi que nous vivons une aventure extraordinaire de laquelle il sera difficile de s’extraire quand le voyage touchera à sa fin. Il nous faudra bien du courage pour retrouver “une vie normale” après tout ça… Nous avons échappé au stress du Covid. Nous vivons libres, sans horaire, sans jour de la semaine, sans obligation, sans masque, hors de la société de consommation et souvent sans WIFI.  Nous composons notre journée chaque matin, rien n’est inscrit sur un calendrier. Plus d’agenda, de rendez-vous, hormis avec les copains voileux , avec lesquels on échangent sur les dernières nouvelles du monde.

Le mode de vie des habitants des îles est enrichissant. Malgré toutes les ressources naturelles qui pourraient être exploitées, ils vivent simplement, sans se tuer à la tâche. Ils entretiennent leur terrain, chassent, pêchent, récoltent des noix de coco, font des échanges entre eux de fruits et de légumes. Ça leur suffit... Le reste du temps, ils profitent. Ils ont toujours de quoi se nourrir. Et s’ils veulent gagner de l’argent, ils travaillent un peu plus. Pas mal comme philosophie, non ? Dans la langue des habitants des Tuamotu, le Pomutu, le futur n’existe pas !

Et maintenant, qu’allons-nous faire ???

Notre itinéraire initial a été dévié par le Corona. Nous avons pris énormément de retard…  L’Australie et la Nouvelle-zelande ont fermé leurs portes. En attendant le feu vert, nous restons en Polynésie. La période des cyclones va débuter et le plus sage pour nous serait de revenir sur nos pas, aux Marquises, à l’abris. Et pourquoi pas revendre le bateau en Nouvelle Zelande…

Fakarava

Ce 7 juin, nous accueillons un nouvel équipier, Pierre-Henri, dit PH. Un jeune homme de 28 ans rencontré aux Marquises. Le bateau sur lequel il naviguait avec Pierre, son capitaine et Briac, un autre coéquipier, a échoué au nord de Fakarava dans les Tuamotu lors d’un gros coup de vent ! Un cumuloningus non prévu

Que d’aventure avant notre rencontre !

Son tour du monde a débuté 1er août 2018 de la pointe du Raz en Bretagne, dans le Finistère. En stop avec un pote, il visite l’Europe, passe par la Belgique et sa célèbre Cité Ardente, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Danemark, la Suède.

Ils reviennent ensuite à Toulon pour suivre une formation à la voile en Méditerranée avec Pierre, un ami de la famille et repartir à bord d’Heiva vers les Baléares où ils font 1 mois de volontariat, suivi d’un autre volontariat à Gibraltar.

Inscrit sur une bourse aux équipiers, Il embarque sur un catamaran de 14 mètres. En route vers le Maroc, les Canaries, le Cap Vert et, après un transatlantique, la Martinique.

A bord d’un autre bateau, un monocoque cette fois-ci, il rejoint le canal de Panama. Une traversée agitée par des vagues de 8 à 10 m assez éprouvantes.

Remis de ses émotions, il continue son voyage vers le Mexique, du Costa Rica, du Nicaragua, du Honduras, de Salvador, du Guatemala et de Belize.

C’est en avion que notre globetrotter rejoint la Colombie pour redescendre en stop l’Amérique du Sud. Vous suivez toujours ?

Au programme : Equateur, Pérou où il passe Noël avec ses parents, Bolivie, Argentine, Ushuaïa et Chili.

Il monte alors sur Ribl en Dour, en “bateau stop”, vers Panama. Après un nouveau volontariat d’un mois dans une famille québécoise, il retrouve Heiva, le bateau de Pierre. Il participe avec Briac et le Capitaine à la préparation du bateau en vue de la transpacifique.

Le jour J, ils traversent le canal mais…. À la troisième écluse, le catamaran à coté de leur bateau fait une fausse manœuvre. Résultat, une fissure dans la coque !

Et ce n’est pas tout… A la nuit tombante, après avoir réglé les formalités liées à la collision, leur bateau heurte violemment la digue. Le moteur est cassé et le bateau dérive ! Après quelques messages de détresse à la VHS, un remorquage est enfin organisé. Là-bas, ils ne sont jamais très pressés ! Les réparations sont organisées rapidement par contre, juste avant que le confinement n’endorme Panama, 2 jours plus tard.

C’est un peu plus loin, à Las Perlas que PH est confiné sur Heiva, 15 jours avant de prendre le large en direction de la Polynésie, sans trop savoir si les frontières seraient ouvertes à son arrivée… La traversée est calme et l’équipage arrive à bon port à Hiva Oa aux Marquises où nous le rencontrons pour la première fois. Le confinement, touchant à sa fin, tous les bateaux retrouvent leur liberté. Nous nous recroisons à Tahuata, sur une autre île de l’archipel et nous quittons en échangeant nos coordonnées.

Nous continuons chacun de notre côté. Heiva prend le cap des Tuamotu, à Fakarava. Très vite, le mauvais temps s’installe, des grains et une tempête imprévue frappe avec 50 noeuds de vent au mouillage et des vagues de 2 mètres dans le lagon. La chaine se prend dans une patate de corail et là, CRAC! Sous tension, elle cède, le bateau se met alors en travers des vagues et du vent. Et en seulement 2 min, il s’échoue sur la côte. Le radeau de survie est jeté à l’eau et quelques instants plus tard, l’équipage, sain et sauf met le pied à terre. Il s’ensuit alors une collision de leur bateau avec un catamaran ayant perdu lui aussi sa chaine. Il s‘encastre dans Heiva et l’achève définitivement. Une équipe de renflouage viendra le chercher.

C’est à Fakarava, quelques semaines plus tard que nous récupérons PH pour un bout de route sur SeaCroods!

Son blog : hokonojo.com

Avec un coéquipier en plus, nous avons plus de liberté. Sofiène me fait la “surprise” de m’inscrire à un cours de plongée sous-marine.

Pourquoi pas ?  C’est le moment ou jamais. Apprendre à plonger en Polynésie, c’est le top. L’eau de la mer est chaude et les fonds marins splendides. Je me suis jetée à l’eau, si je puis dire.

Bon, au départ, je me débâtais comme un poisson hors de l’eau. Je paniquais, je mordais mon détendeur comme une enragée. D’ailleurs, J’y ai surement laissé l’empreinte de mes dents ! J’avais peur de manquer d’oxygène, je n’arrivais pas à trouver ma flottabilité neutre et vider mon masque pour enlever la buée était toute une épreuve !

Mais j’y suis arrivée ! J’ai réussi mon niveau 1

Le dernier jour, Sofiène a plongé avec moi. Même à travers son masque, j’ai vu ses yeux remplis d’étoiles (de mer !) en me voyant telle une sirène au fond de l’océan ! Nous sommes descendus à 25 m, c’était grandiose. Mais la plus grande satisfaction a été pour moi d’arriver à braver mes peurs.

Et les garçons ont fait leur baptême de plongée!

Toau

Barbec sur la plage avec nos amis du bateau Pollux.

Au menu : poissons perroquets, crabes, langoustes, …

Le tout, servi avec du riz au lait de coco au curry. MIAMMMMM

Opéra noix de coco!

Aux Tuamotu, il y a plus de cocotiers que d’habitants. On les ramasse au sol.Mais avant de les déguster à toutes les sauces, il faut enlever la bourre!

Ahe

Nous essayons de ne pas endommager les coraux mais il arrive que l’ancre s’y plante malheureusement

Pour éviter la détérioration des coraux, nous rajoutons des bouées sur toute la longueur de la chaine. Elle reste ainsi suspendue et ne touche pas les fonds.

Les coraux jouent un rôle crucial dans les biotopes marins. Déjà, les récifs coralliens servent d’abris écologiques à plusieurs espèces. Ils fournissent protection et nourriture à divers animaux, sans compter qu’ils servent également de nurserie à d’innombrables espèces de poissons.

Rangiroa

Youpie!!!   des nouveaux copains

Repas local organisé par le maire

Tikehau

Dégustation d’un oursin crayon sur le platier

Makatea

Pendant près de 60 ans, de 1907 à 1966, l’atoll de Makatea  a été exploité pour son phosphate.

Des sociétés australiennes, japonnaises et européennes y étaient installées pour extraire, à la force des bras, le précieux minerai. 11 millions 300 000 tonnes de phosphate ont ainsi été extraits.

Aujourd’hui, l’île ressemble à un gruyère et elle peuplée de moins d’une centaine d’âmes à peine, contre plus de 3 500 habitants à l’époque du phosphate.

Après l’arrêt de l’exploitation, les travailleurs sont rentrés chez eux et les sociétés sont reparties avec une partie du matériel ; le reste ayant été laissé là, gisant depuis sous la végétation. Les aménagements du port et du quai ont quant à eux été détruits. Depuis, Makatea peine à se relever. Peu touristique, car mouillage uniquement sur l’une des trois bouées disponibles, l’atoll vit principalement de la pêche et du coprah.

Makatea est la seule île sédimentaire des Tuamutu. Pas de lagon mais un platier de corail tout autour d’un plateau à 25 mètres de hauteur et des fonds qui descendend à plus de 50 métres à quelques mètres du bord de l’île.

 

 

Baignade rafraichissante dans une grotte

La prochaine fois, nous vous emmenons à Tahiti!

Nous vous embrassons chacun et chacune très fort, prenez soin de vous.

Nana

Quelques vidéos en bonus

This Post Has 4 Comments

  1. Greta van boxem

    Good to see you all having a good time! Enjoy Tahiti!
    Here in Belgium still fighting against Covid 19!
    Take care and stay safe!
    Guy and Greta

    1. Sofiène

      Hi Greta and Guy,
      Thanks for your post. We are discovering Tahiti but also with some Covid restrictions as well.
      Take care and be safe
      The Sea Croods

  2. Valérie

    Se réveiller début septembre, réaliser ici que c’est la “rentrée” scolaire et qu’il me fait presque relancer un rythme que nous n’avions plus depuis des mois, et puis se demander comment vous allez….
    Prendre le temps de revenir vous lire, et réaliser que oui, vivre ses rêves, c’est tellement beau et puissant; même si cela fait poser beaucoup de questions. Je trouve tellement de similitudes entre vos navigations, votre vie et la mienne depuis maintenant une année…. Alors, je n’ai qu’une envie : celle de vous dire de suivre cette petite voix intérieure qui vibre et qui vous donne des étoiles dans les yeux, qui fait que votre coeur fait ‘boum’ et qui vous dit que vous êtes à la bonne place, au bon moment….
    MERCI à vous pour cette incroyable année de partages, de rires, de doutes aussi, merci de votre tranche de vie et…. en espérant vous lire encore bien souvent, tant vos blogs et votre aventure est un véritable rayon de soleil , une tranche de bonheur et de bonne humeur dans un ciel bien triste ici (mais mon coeur reste rayonnant!).
    A bien vite, Cap’tain, Maîtresse d’équipage, moussaillons…. toute la tribu!

    1. Sofiène

      Coucou Maitresse,
      Merci pour tes encouragements. Après quelques semaines aux iles sous le vent et Tahiti nous voyons de près l’impact sur la société du covid: Masques, peur de l’autre couvre feu, mais cela n’est que dans les grands villages ou ville, ailleurs ce n’est que du bonheur. Nous avons choisi la bonne période en effet sans le vouloir, nous avons eu de la chance et ne savons pas comment nous aurions réagi en Belgique entre le boulot, l’école la famille et les amis. On vous envois à tous plein de soleil et de bisous de la part de la tribu Seacroods. Nous repartons demain pour les Tuamotus pour nous mettre à l’abri des cyclones.

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